Un colis de 400 grammes, un carton de 30 centimètres, du film plastique, du papier froissé, et un livreur qui repasse devant chez vous deux jours plus tard parce qu'il n'était pas là la première fois. J'ai chronométré ça un mardi de novembre, sur ma propre commande. Le livreur est passé à 11h04. À 11h07, il était reparti. Le lendemain, il est revenu. Le surlendemain, il est encore revenu. Trois passages pour un seul bouquin.
C'est là que j'ai commencé à regarder mes achats en ligne autrement. Pas avec une culpabilité vague et un peu confortable, mais avec une question précise : à quel moment, exactement, mon clic sur « commander » pèse-t-il le plus lourd dans la balance carbone ? La réponse ne ressemble pas à ce qu'on imagine. Et elle m'a fait changer trois habitudes — pas dix.
Points clés à retenir
- Sur un achat en ligne, le transport ne représente qu'une fraction de l'impact total : la fabrication du produit pèse le plus souvent bien plus lourd.
- Un point relais ou un retrait en magasin peut diviser par deux ou trois l'empreinte du dernier kilomètre par rapport à une livraison à domicile, surtout en zone urbaine dense.
- Les retours sont le trou noir du bilan : un article renvoyé peut avoir fait deux fois le trajet, parfois plus.
- Le geste numérique (mails, recherches, notifications) existe, mais il reste très secondaire face à un produit neuf.
- La vraie bascule, c'est le report : acheter moins souvent, mais mieux.
Où se joue vraiment l'empreinte carbone de vos achats en ligne
La question qu'on me renvoie sans arrêt, c'est celle du carton : « le colis, quand même, c'est énorme, non ? » Franchement, non. Le carton n'est pas le problème principal. Il fait du bruit médiatique parce qu'il est visible, mais il pèse peu dans l'équation.
Voici comment se répartit grossièrement l'impact d'un achat en ligne, du plus lourd au plus léger :
- La fabrication du produit lui-même — souvent 60 à 80 % du total pour un objet manufacturé, davantage encore pour l'électronique.
- Le transport amont, c'est-à-dire l'acheminement depuis l'usine jusqu'à l'entrepôt, souvent par cargo.
- Le dernier kilomètre, celui du camion de livraison — quelques pourcents, mais très variables selon le mode.
- L'emballage : carton, calage, film. Marginal à l'unité, non négligeable à l'échelle de millions de commandes.
- La part numérique (serveurs, data centers, mails de suivi) : à peu près négligeable à l'échelle d'une commande.
Je sais que ce classement déçoit. On aimerait que changer de livreur sauve la planète. Mais le vrai message est ailleurs : ce qui pollue, c'est d'abord le produit neuf, pas le trajet qu'il fait pour arriver chez vous. Donc le premier levier, c'est le nombre de choses que vous achetez. Pas la couleur du carton.
Et le colis, alors ?
Le colis compte, mais à sa place. Un carton réutilisé, sans suremballage, correctement dimensionné, ce n'est pas un détail si vous commandez régulièrement. Le problème, c'est le carton deux fois trop grand rempli de papier froissé pour un objet de dix centimètres. Ça, ça se repère vite chez un même marchand — j'ai fini par arrêter de commander chez une marque précise pour cette seule raison.
Le levier le plus rapide : changer la façon dont vous vous faites livrer
À produit identique, le mode de livraison fait une différence réelle. J'ai comparé mes propres commandes sur une année, en notant à chaque fois le mode choisi. Résultat : c'est sur le dernier kilomètre que je pouvais agir en une case à cocher, sans rien changer à mes habitudes d'achat.
| Mode de livraison | Impact relatif (dernier km) | Ce que ça implique concrètement |
|---|---|---|
| Retrait en magasin / drive | Le plus faible | Vous mutualisez votre trajet avec d'autres courses ; le camion ne vient pas pour vous. |
| Point relais à pied ou à vélo | Faible | Le transporteur regroupe des dizaines de colis en un point ; vous finissez à pied. |
| Livraison à domicile standard | Moyen | Le camion passe dans votre rue, mais pour plusieurs adresses. |
| Livraison express J+1 | Élevé | Camions moins remplis, trajets parfois dédiés, plus de passages. |
| Livraison à domicile avec créneau précis | Souvent élevé | Plus de passages si vous ratez le créneau : ma mésaventure du livreur, trois fois de suite. |
Le principe derrière tout ça est simple : plus le colis est regroupé avec d'autres, mieux c'est. Un point relais qui dessert cent foyers dans une journée, c'est beaucoup plus efficace que cent camions qui passent chacun dans une rue différente.
Mais le e-commerce est-il toujours pire que le magasin ?
Non, et c'est une nuance importante. Si vous habitez à vingt minutes en voiture d'un magasin et que vous y allez pour un seul article, votre trajet peut peser plus lourd que la livraison mutualisée du même article. La condition de bascule, c'est le regroupement : un déplacement groupé avec d'autres courses peut être plus léger qu'une livraison à domicile ; un trajet dédié pour un seul objet, non. Voilà pourquoi je ne dis pas « achetez en ligne, c'est mieux » ni l'inverse. Tout dépend du trajet que vous évitez ou que vous créez.
Comment faire pour diminuer l'empreinte carbone de ses achats ?
La réponse tient en une phrase : achetez moins souvent, gardez plus longtemps, et regroupez vos commandes. Le reste, ce sont des réglages fins. Concrètement, voilà les gestes qui ont réellement changé quelque chose chez moi, classés par efficacité décroissante.
- Attendre 48 heures avant de valider un panier. Une fois sur deux, j'oublie et je ne commande pas. C'est le geste qui a le plus réduit mes achats, et de loin.
- Regrouper. Une commande par mois plutôt que quatre commandes par semaine, ça limite les trajets de camion et l'emballage cumulé.
- Choisir le point relais quand c'est possible, ou le retrait en magasin si vous passez déjà dans le coin.
- Refuser l'express quand ce n'est pas urgent : franchement, personne n'a besoin d'un câble USB en 24 heures.
- Se poser la question du retour avant d'acheter. Un article renvoyé, c'est un aller-retour, parfois plus.
Le retour, ce faux ami
J'ai fait la bêtise, un hiver, de commander quatre paires de chaussures pour n'en garder qu'une. Trois retours. Sur le papier, c'est pratique. Dans les faits, trois paires ont fait le trajet deux fois, avec emballage neuf à chaque étape. Aujourd'hui je ne commande plus plusieurs tailles d'un coup : je vérifie le guide des tailles, je lis les avis, et je me déplace si je peux. Moins confortable, mais le bilan est sans comparaison.
Et acheter local, ça marche ?
Oui, à condition de ne pas se raconter d'histoires. Un produit fabriqué à 800 kilomètres et livré en camion mutualisé peut être plus léger qu'un produit « local » que vous allez chercher seul en voiture à 40 kilomètres. La distance n'est pas le seul critère ; le mode de transport et le regroupement comptent autant. Le « local » a du sens quand ça évite un transport lourd (produits frais, objets volumineux) ou quand vous y allez à pied.
Comment diminuer son empreinte carbone liée au numérique ?
Vous l'avez remarqué : je viens de passer plusieurs paragraphes à expliquer que la part numérique d'un achat est minuscule. Donc quand on me demande comment réduire l'empreinte du numérique, ma réponse est honnête : les gestes existent, mais ils pèsent peu à côté du matériel.
Les vrais postes, dans l'ordre : le renouvellement des appareils (un smartphone neuf, c'est loin d'être neutre), puis la consommation électrique des data centers et des réseaux, puis enfin vos usages individuels. Sur ce dernier point, voici ce qui a un effet mesurable chez moi, même modeste :
- Désactiver les notifications push des applications de shopping : moins de sollicitations, moins d'achats impulsifs, moins de trafic serveur.
- Éviter de laisser tourner du streaming en fond pendant que vous naviguez — la vidéo pèse plus que le texte.
- Ne pas multiplier les recherches pour un même produit : une requête, une page, un choix.
- Se désabonner des newsletters de marques : les mails de promo ne sont pas gratuits en énergie, et surtout ils vous font acheter.
Le point qui compte, c'est que le geste numérique le plus efficace pour votre bilan carbone d'achats n'est pas un réglage technique. C'est de couper les notifications qui vous poussent à cliquer. Pour le coup, l'économie d'énergie est un bonus.
Qu'est-ce qui pollue le plus, papier ou mail ?
Pour un même message, le mail pèse moins qu'une lettre papier — pas de transport physique, pas de fabrication de papier, pas d'encre. Mais tout dépend du volume et des pièces jointes : un mail avec une grosse pièce jointe, stocké pendant des années sur plusieurs serveurs, rattrape vite une simple lettre. Le mail reste plus léger, mais il n'est pas gratuit, contrairement à ce qu'on croit souvent. La bonne comparaison, c'est un mail court envoyé une fois contre une page imprimée et affranchie.
Est-ce que ChatGPT pollue plus que Google ?
À requête comparable, une génération de texte par un modèle de langage consomme davantage qu'une simple recherche web : produire une réponse longue et construite demande plus de calcul qu'afficher une liste de liens. L'écart se creuse à mesure que la réponse est longue. Cela dit — et c'est important — l'ordre de grandeur reste faible à l'échelle d'un usage individuel. Ce qui pèse, ce n'est pas votre question, c'est l'infrastructure qui tourne en permanence derrière. Donc oui, plus gourmand qu'une recherche, mais pas de quoi culpabiliser à chaque prompt.
Le plan que j'applique, et ce qui n'a pas marché
Tout ça pour dire quoi ? Que j'ai essayé plein de choses, et que la plupart n'ont rien donné. J'ai testé les applications qui calculent l'empreinte carbone de chaque commande : gadget, je les ai désinstallées au bout de deux semaines. J'ai essayé de ne commander que chez des marchands « écoresponsables » : le label ne dit rien du transport réel, et j'ai vite arrêté de m'y fier.
Ce qui a tenu, c'est une règle bête : point relais par défaut, panier mis en attente 48 heures, et une seule commande groupée par mois. En six mois, j'ai réduit mon nombre de commandes d'environ deux tiers — je suis passé de plusieurs par semaine à une poignée par mois. Le carton a beaucoup moins sonné à ma porte. Et le livreur, lui, n'est plus repassé trois fois pour un seul bouquin.
La prochaine fois que vous validerez un panier, regardez la case « mode de livraison ». C'est souvent la seule qui vous demande trois secondes et vous fait vraiment économiser. Le reste, c'est du bonus.