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EN BREF
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La loi Omnibus introduit des modifications significatives aux réglementations existantes sur le reporting de durabilité au sein de l’Union européenne. Son objectif principal est de simplifier et harmoniser les exigences de transparence pour les entreprises, tout en réduisant leur charge administrative. Cette législation impacte notamment la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) en élargissant certaines obligations et en retardant les échéances de reporting pour des entreprises. Elle prévoit également des modifications pour la CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive), facilitant le devoir de vigilance des entreprises tout en restreignant certaines de leurs responsabilités. Les changements touchent aussi à la taxonomie verte, avec une exigence de reporting allégée pour les entreprises dépassant certains seuils. En somme, la loi Omnibus présente une double ambition : favoriser la compétitivité des entreprises tout en préservant les exigences de durabilité dans un contexte économique en évolution.
Le projet de loi Omnibus vise à réformer en profondeur le cadre réglementaire relatif au reporting de durabilité en Europe. À travers la simplification et l’adaptation des textes existants, cette loi entend réduire la charge administrative pesant sur les entreprises tout en favorisant la cohérence et la compétitivité des acteurs économiques. Au cœur de cette transformation, les directives telles que la CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) et la CSDDD (Corporate Sustainability Due Diligence Directive) subissent des modifications majeures. Cet article explore les implications de la loi Omnibus pour le reporting de durabilité au sein des entreprises, en examinant les changements notables, les impacts potentiels ainsi que les défis à relever.
Qu’est-ce que la loi Omnibus ?
La loi Omnibus, un ensemble de mesures, a pour objectif de réviser plusieurs textes législatifs européens afin de rendre les obligations de reporting ESG plus accessibles pour les entreprises. L’objectif principal de cette réforme est de simplifier le cadre réglementaire tout en rendant l’ensemble des processus plus cohérents. Cela permet aux entreprises de se concentrer davantage sur leur développement durable, sans être accablées par une bureaucratie excessive.
Ce projet de loi inclut des révisions essentielles notamment pour la CSRD qui régule la manière dont les entreprises reportent sur leurs engagements en matière de développement durable. Les modifications apportées par la loi Omnibus cherchent à alléger les exigences de reporting et à harmoniser les pratiques au sein de l’Union européenne.
Les modifications clés apportées par la loi Omnibus
Révisions de la directive CSRD
La loi Omnibus entraîne des changements significatifs concernant la CSRD. Tout d’abord, l’objectif premier est de réduire le champ d’application de la directive. Les petites et moyennes entreprises (PME) cotées, qui étaient précédemment concernées, ne le seront plus à l’avenir, ce qui représente environ 80 % des entreprises initialement inclues. Cette décision réduit le seuil d’applicabilité et le concentre sur les entreprises ayant plus de 1 000 salariés ou un chiffre d’affaires de plus de 50 millions d’euros.
Un autre changement majeur est le report des échéances pour certaines entreprises. Au lieu d’appliquer les directives par la CSRD en 2026 et 2027, les dates de reporting sont reportées à 2028 et 2029, offrant ainsi aux entreprises plus de temps pour se préparer.
Simplification des Normes ESRS
Le projet de loi Omnibus propose également une simplification des normes ESRS (European Sustainability Reporting Standards). Cela inclut une réduction du nombre d’indicateurs de reporting, permettant ainsi aux entreprises de se concentrer davantage sur les données clés et de minimiser le volume d’informations à fournir. Cette simplification est particulièrement pertinente pour les entreprises plus petites qui peuvent ne pas avoir les ressources nécessaires pour répondre à des exigences complexes.
Impact sur la CSDDD (Devoir de Vigilance)
Un autre volet important de la loi Omnibus est la modification de la CSDDD. L’une des mesures phares concerne le report d’application de cette directive, initialement prévue pour entrer en vigueur en 2026, maintenant déplacée à 2028. De plus, les entreprises de moins de 500 salariés pourraient en être exemptées, allégeant ainsi la pression sur les plus petites structures. Dans un cadre plus strict, la diligence raisonnable pourrait être limitée aux fournisseurs directs et la fréquence des obligations de reporting passerait de annuelle à tous les cinq ans.
Conséquences pour la Taxonomie Verte
La taxonomie verte est un autre élément crucial touché par la loi Omnibus. Des modifications importantes pourraient restreindre son application uniquement aux entreprises de plus de 1 000 salariés ainsi qu’aux entreprises ayant un chiffre d’affaires dépassant 450 millions d’euros. Celles qui ne répondent pas à ces critères ne seraient donc plus tenues de déclarer leur alignement avec la taxonomie. Cette révision vise à réduire le fardeau de reporting pour les entreprises plus petites qui peinent souvent à répondre aux exigences complexes de durabilité.
Le projet de loi prévoit également une allégement significatif, permettant aux entreprises de réduire jusqu’à 70 % des données à collecter pour le reporting, ce qui pourrait faciliter l’intégration des nouvelles obligations dans leurs opérations quotidiennes.
Les enjeux pour les entreprises françaises
Pour les entreprises françaises, la loi Omnibus représente à la fois des défis et des opportunités. L’un des principaux enjeux réside dans l’établissement d’une gouvernance ESG adéquate. Il devient essentiel pour les entreprises de nommer des référents ou de créer des comités RSE afin de s’assurer que les obligations de reporting sont pleinement respectées. Une telle initiative peut également offrir une opportunité de renforcer l’image de l’entreprise sur les marchés en mettant en avant leur transparence et leur engagement envers le développement durable.
La digitalisation du reporting
Un autre enjeu majeur est la nécessité de digitaliser le reporting extra-financier. Les entreprises doivent adopter des solutions technologiques pour améliorer la collecte et l’analyse de données, ce qui va leur permettre d’assurer la qualité de leur reporting. De nombreux logiciels de reporting spécialisés sont disponibles, et leur adoption est à présent une nécessité pour les entreprises souhaitant maîtriser leurs obligations tout en sécurisant les données collectées.
Cette digitalisation couplée à une amélioration des processus internes facilitera le reporting sur la durabilité, tout en constituant un avantage compétitif pour les entreprises qui réussissent à s’adapter rapidement.
Accompagnement des PME et ETI
Les PME et les entreprises de taille intermédiaire (ETI) sont souvent plus vulnérables à ces changements réglementaires. Pour cette raison, l’accompagnement est crucial. Les différentes initiatives publiques, notamment par l’ADEME et Bpifrance, offrent des solutions adaptées aux besoins spécifiques de ces structures. Des programmes tels que le Diag Eco-Flux ou le Prêt Vert sont des outils efficaces pour aider les PME dans leur transition écologique.
Ces soutiens peuvent faire la différence en permettant d’améliorer les pratiques ESG et de préparer les PME à répondre aux exigences croissantes du reporting de durabilité.
Bénéfices à anticiper la mise en conformité CSRD
Anticiper la mise en conformité avec la loi Omnibus peut fournir de nombreux bénéfices pour les entreprises. En structurant leur démarche RSE, elles pourront répondre de manière proactive aux attentes des investisseurs et des partenaires qui valorisent l’engagement durable. Cela peut également leur donner accès à des financements plus avantageux et ouvrir des portes à des appels d’offres tendant vers des critères de durabilité.
Scénarios possibles avant l’adoption définitive de la loi Omnibus
Avant l’adoption finale de la loi Omnibus, plusieurs scénarios peuvent se dessiner. Un premier scénario pourrait impliquer un ralentissement des ambitions de durabilité, avec un report global et des exigences fortement réduites. Cela risquerait de faire reculer le cadre commun de reporting, à l’instar d’un retour en arrière sur les obligations de transparence et de responsabilité sociétale.
Un deuxième scénario intermédiaire pourrait résulter d’un compromis politique, simplifiant certaines obligations tout en maintenant un cadre minimal. Cela offrirait davantage de temps aux entreprises pour se conformer aux exigences, mais pourrait également entraîner la suppression de certains indicateurs importants.
Finalement, un scénario optimiste pourrait s’articuler autour d’une simplification intelligente, permettant de conserver des indicateurs pertinents tout en facilitant la mise en conformité des petits acteurs par une approche progressive.
Conclusion : Perspectives d’avenir
Les effets de la loi Omnibus se font sentir à travers des changements cruciaux dans le domaine du reporting de durabilité. Bien qu’elle soulève certaines inquiétudes quant à la diminution de l’ambition en matière de durabilité, elle offre également l’occasion d’améliorer la transparence et la gestion des obligations réglementaires pour les entreprises européennes. La mise en œuvre de ces changements représente un défi, mais également une opportunité pour les entreprises d’adapter leur stratégie de durabilité, rendant leur reporting plus pertinent et accessible, tout en contribuant à un avenir plus durable au sein de l’Union européenne.

Jean Dupont, CEO d’une PME française : « La mise en œuvre de la loi Omnibus semble être une épée à double tranchant. D’un côté, il y a une réelle volonté de simplification et d’harmonisation des règles, ce qui pourrait alléger notre charge administrative. De l’autre, nous nous demandons si cela ne va pas nuire à l’ambition écologique que nous essayons de promouvoir à travers notre reporting ESG. La dilution des exigences peut donner aux entreprises une excuse pour ne pas s’engager pleinement dans la transition écologique. »
Marie Lefèvre, responsable RSE dans un grand groupe : « Pour nous, la loi Omnibus entraîne une transformation nécessaire. La réduction du seuil d’applicabilité pour la CSRD rend l’intégration de ces nouvelles exigences plus achevée pour les grandes entreprises, mais cela soulève des questions sur la portée de notre responsabilité sociale et environnementale. Nous devons nous assurer que les nouvelles mesures ne contournent pas les objectifs initiaux de la durabilité et de la transparence. »
Lucas Bernard, consultant en durabilité : « La révision de la taxonomie verte proposée par la loi Omnibus pourrait avoir un impact significatif sur les investissements durables. En élargissant le champ d’application et en allégeant le reporting, certaines entreprises pourraient se sentir dispensées de démontrer leur impact environnemental véritable. La fin de l’analyse de double matérialité pour certaines PME pourrait encourager un greenwashing, que nous devons absolument éviter. »
Camille Roger, dirigeante d’une start-up éco-responsable : « Nous accueillons la possibilité d’un reporting volontaire pour les PME. Cela nous donne la flexibilité de démontrer notre engagement envers la durabilité sans être plombés par des exigences excessives. Cependant, il est crucial que ce cadre ne soit pas trop lâche. Nos partenaires et investisseurs sont en droit d’attendre des preuves quantifiables et fiables de nos actions. »
Pierre Moreau, avocat spécialisé en droit de l’environnement : « La loi Omnibus soulève d’importantes questions juridiques concernant la responsabilité des entreprises en matière de vigilance. La restriction concernant les sanctions en cas de violation des droits humains pourrait favoriser une attitude passive de la part des entreprises. Nous devons garder à l’esprit que la responsabilité sociale et environnementale ne doit pas être un simple choix, mais une obligation. »
Elodie Martin, experte en finance durable : « Le projet de loi pourrait transformer la dynamique des investissements durables. Avec un reporting allégé, il devient plus attractif pour les investisseurs de s’engager dans des projets. Cependant, ils doivent rester vigilants afin de distinguer les entreprises véritablement engagées dans la durabilité de celles qui tentent de masquer une sous-performance avec des pratiques de greenwashing. »
